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Loi réglant l’installation et l’utilisation de caméras de surveillance : déni de démocratie ?
tekst: Ligue des Droits de l’Homme (communiqué de presse)
Le mercredi 7 février, la Commission de l’Intérieur de
la Chambre des Représentants a voté le projet de loi
réglant l’installation et l’utilisation de caméras de
surveillance. Il est permis de craindre que, dans son
état actuel, ce projet ne fasse que légitimer les
caméras de vidéosurveillance existantes et favoriser
l’expansion du recours à la vidéosurveillance plutôt
que d’encadrer véritablement ce type de système.
La Ligue des Droits de l’Homme a toujours été
particulièrement attentive aux législations touchant
au respect d’une des libertés les plus fondamentales,
celle de la vie privée. Elle suit ainsi depuis de
nombreux mois avec grand intérêt celui manifesté
d’abord par le Sénat puis par la Chambre quant à la
problématique des caméras de surveillance.
De ce fait, la Ligue a été auditionnée tant par la
Commission de l’Intérieur du Sénat que par celle de la
Chambre, ce qui fut l’occasion d’un échange
constructif mais critique avec les parlementaires de
ces deux instances.
La Ligue a d’abord été frappée par le contenu de la
proposition de loi initiale qui lui semblait
éminemment critiquable en de nombreux aspects. Elle a
ensuite pris bonne note du travail législatif accompli
qui a permis d’aboutir à un texte très certainement
plus cohérent. Malgré ces améliorations, une série de
questions continuent à se poser, certaines de
principe, d’autres d’aspect plus pratique.
Ainsi, le législateur a manifestement fait un choix
très clair : celui d’encourager le recours aux caméras
de surveillance, pourtant potentiellement
attentatoires à une multitude de droits fondamentaux,
plutôt que de poser une interdiction fondamentale de
principe à leur utilisation, interdiction à laquelle
il pourrait être dérogé dans des conditions très
strictes. Le renversement du principe aurait valeur de
symbole : celui d’une société qui ne délègue pas aux
acteurs privés le soin d’exercer des fonctions
régaliennes et qui n’encourage pas ses concitoyens à
la méfiance généralisée, voire à la délation, sans
pour autant nier les réalités qui sont les siennes. En
voulant réglementer a minima la vidéosurveillance, le
législateur pose les jalons d’une société de la
surveillance.
Les « garanties » prévues par le projet de loi ne sont
que de simples formalités qui laissent à penser que
l’installation d’un système de vidéosurveillance sera
possible en toutes circonstances.
L’étude de sécurité et d’efficience constitue un
exemple parlant. Nécessaire en son principe, elle
n’est aucunement définie. Il suffit donc d’attester
qu’elle a été réalisée, peu importe dans quelles
conditions et selon quelles méthodes. La loi ne
doit-elle pas à tout le moins consacrer l’obligation
de consulter la population de la zone concernée et
d’établir une nécessité objective d’installation du
réseau de vidéosurveillance ? Ne conviendrait-il pas
en outre qu’elle soit communiquée obligatoirement au
Conseil communal et le cas échéant au Conseil de
Police, avant qu’ils ne prononcent leurs avis
conformes respectifs ?
Dans le même ordre d’idée, il conviendrait de prévoir
que la Commission de protection de la vie privée
bénéficie d’une compétence d’avis conforme,
c’est-à-dire un avis contraignant et préalable à
l’installation. A l’heure actuelle, cet avis conforme
n’existe pas, même s’il existe une obligation de
déclaration à la Commission. Officiellement, seuls 742
dossiers ont été rentrés par les communes à la
Commission. Le nombre de caméras installées est bien
plus important...
De nombreuses autres critiques sont à émettre,
notamment sur la qualité des personnes habilitées à
visionner les images (est-il légitime que des acteurs
privés visionnent ces images ?), sur la sanction en
cas de non respect de la procédure (la désinstallation
du réseau illégal n’est pas prévue), sur l’évaluation
des systèmes dans le temps (les autorisations valent
ad vitam eternam...), sur la protection des données
sensibles (opinions philosophiques, religieuses,
politiques, syndicales, origine ethnique... font
l’objet d’une protection largement insuffisante), sur
l’utilisation pénale d’images illégales (quid ?), sur
l’information des citoyens, sur l’obligation active de
destruction ou d’effacement des images après un temps
déterminé, etc.
L’aspect le plus inquiétant de ce dossier réside dans
l’interruption du dialogue constructif qui s’était
instauré entre les parlementaires concernés, d’une
part, et la Ligue des droits de l’Homme, la Commission
de protection de la vie privée et la police fédérale,
d’autre part. En effet, suite à l’audition de ces
différents acteurs, les parlementaires ont convenu que
le projet était loin d’être abouti et qu’il était
nécessaire que le travail parlementaire se poursuive.
Suite à l’intervention du Ministre de l’Intérieur, la
Commission a pourtant voté ce texte sans aucune
discussion ni aucun amendement.
Même l’avis de la police fédérale n’a pas été pris en
compte.
Pression gouvernementale ? Dans ces circonstances, à
quoi sert encore le Parlement fédéral ?
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